Après une grosse chute de ski, il faut parfois du temps avant d’oser reprendre la glisse. « Est-ce que je pourrai un jour remonter sur des skis? » « Est-ce que je ne vais pas retomber? » « Est-ce que je suis capable de maîtriser ma vitesse? » « Est-ce que je suis assez solide pour faire face aux difficultés? » Des questions d’autant plus impressionnantes qu’on se croyait invincible. La sagesse nous dit qu’il vaut reprendre rapidement, sinon on risque de ne plus jamais oser le faire.

Suite à un burn out, des sentiments similaires peuvent apparaître : étant dû à un surengagement, il entraîne la peur de l’engagement tout court. Il y a deux risques inverses. Le risque de reprendre trop tôt, et le risque de s’installer dans une attente stérile. 

Le risque de reprendre top tôt est souvent compris. Tout comme le skieur va raisonnablement panser ses plaies et consolider ses fracture avant de reprendre la piste, il y a dans le choc du burn out des plaies psychiques et parfois physiques qu’il faut prendre le temps de soigner, et parfois laisser se refermer avant de reprendre le chemin de l’engagement.

Le second risque est plus insidieux. De façon caricaturale, il part de l’idée que « Si je suis dans cet état, c’est parce que je me suis fait violence pendant des années, que j’ai refusé de m’écouter… alors maintenant je vais juste m’écouter et refuser tout effort. Ah il faut lâcher prise? Ok, ben je lâche tout alors… »

Si cette logique est saine pour quelques semaines de repos, elle peut devenir toxique sur la durée. Car si le burn out est souvent provoqué par des évènements extérieurs, il reste le révélateur d’un déséquilibre, d’un mal-être, d’une difficulté… une situation intérieure qu’il convient d’apaiser sauf prendre le risque de retomber, souvent plus lourdement. Or faire un tel travail sur soi implique aussi de se dépasser, d’aller vers des choses désagréables, de faire face pour transformer et renaître.

Par peur (légitime) d’un tel effort ou par abandon après trop d’échecs thérapeutiques, il peut arriver de s’installer dans un face à face statique et stérile avec notre misère intérieure, face-à-face qui frise parfois la contemplation. Avec le temps et le repli sur soi, dans notre champ mental, dans nos ruminations, au fur et à mesure qu’en disparaissent travail, vie sociale, horaires, projets, envies… il ne reste plus que notre seule misère. Puisqu’il n’y a plus qu’elle a notre esprit, elle prend toute la place, elle est devenue énorme, totale, invincible, insaisissable…  on n’est alors plus très loin d’avoir franchi le gué entre burn out et dépression. Or si ce chemin peut aussi être transformé en renaissance, il n’est probablement pas le plus souhaitable. L’excès du désengagement peut être tout aussi néfaste que l’excès de l’engagement.

Alors, comment ne pas transformer un burn out en dépression? Les contours scientifiques du concept de burn out ne sont pas encore définis, mais il est sûr que les symptômes dépressifs en font partie. Plus précisément, la question est donc « comment ne pas laisser ces symptômes dépressifs prendre le dessus? ».

« Se botter les fesses »? C’est sans doute le dernier conseil à donner dans ce cas-là! Le moment de bascule à surveiller est celui où le repos ne repose plus, ne remplit plus sa fonction réparatrice mais devient le lieu de la fuite, de la rumination, de la coupure avec le réel. Avant que ce mécanisme ne se soit trop installé, le mieux est alors de prendre un pas de recul dans un environnement suffisamment sécurisant pour freiner, voire éliminer le désir de repli sur soi.

(C’est toute la raison d’être de ‘Au temps pour toi’.)

Chez une victime du burn out, la probabilité de rebondir est indexée au degré de sécurisation que produisent famille, amis, collègues, pouvoirs publics, histoire et culture personnelles. Un individu dépourvu d’une telle solidarité ne se redresse pas. Le tranquillisant le plus efficace n’est pas le médicament chimique ; c’est l’autre – le parent, le conjoint, le camarade – et particulièrement la confiance qu’ensemble ils ont tissé et ici donne toute sa force.

Boris Cyrulnik – Psychiatre et neurologue

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Association, lieu d’accueil dans un cadre familial, où renaître du burn out

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